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Portrait : Midori Maki Larrieu

Midori, dont le nom signifie « vert » en japonais, est née à Osaka un 5 mai, le jour des enfants selon le calendrier des jours fériés au Japon. Sa mère a accouché au mont Rokko, où la forêt verdoyante vue de sa fenêtre d’hôpital lui a inspiré ce prénom synonyme de nature, de sérénité et d’espoir.

Portrait : Midori Maki Larrieu

Elle passe une enfance heureuse au Japon et baigne assez vite dans la culture française. Pour l’anecdote, son grand-père maternel avait confectionné au Japon les premiers choux à la crème sous la marque Hirota. Ces délices, emballés par cinq, avaient fait fureur après la Seconde Guerre mondiale, en guise de cadeau des dévoués salarymen à leur épouse, pour se faire pardonner les horaires plus que tardifs de leur retour au foyer.

Pour réaliser le rêve de son grand-père maternel, sa famille déménage en France pour ouvrir la première pâtisserie franco-japonaise à Paris. Midori, à 9 ans, est scolarisée dans une école primaire sans pour autant parler un mot de français. Elle rompt l’isolement comme elle peut, noue des amitiés grâce à ses talents en origami que ses camarades de classe plébiscitent. Les cours particuliers de français ainsi que les cours de danse qu’elle pratique depuis l’âge de 6 ans lui permettent de s’intégrer. La France l’adopte totalement car elle y restera quatorze ans.

Diplômée en licence de relations internationales à l’Inalco, Midori souhaite réunir les cultures française et japonaise dans son futur métier. En 1985, la voilà de retour dans son pays natal, à Tokyo, pour mettre à profit ses envies et ses compétences.

Elle postule au poste d’attachée de presse de World Ltd., l’importateur de la marque Chantal Thomass. Après une formation de trois mois en immersion complète dans l’entreprise nippone, Midori découvre dans ce rôle bien plus de richesses qu’elle n’imaginait : elle est facilitatrice culturelle, transmetteuse de l’héritage français à ses interlocuteurs japonais, représentante de l’art de vivre à la française dans le milieu de la mode nippone. Dans son esprit, elle est perpétuellement en voyage entre la France et le Japon.

Après trois ans chez World Ltd., elle continue sa mission de réunir ces deux cultures dans l’agroalimentaire en travaillant entre 1990 et 1994 pour Arcane, une société d’import pionnière de la gastronomie française au Japon. Que ce soit dans l’organisation d’événements pour des marques françaises ou les négociations avec les fabricants, Midori remplit toujours ce mandat franco-japonais.

La France lui manque pourtant, et c’est ainsi qu’avec son mari français rencontré au Japon, elle retourne s’installer à Paris en 1993. Midori devient alors maman et ajuste son quotidien, travaillant pour le bureau parisien de Arcane et également comme traductrice/interprète pour diverses sociétés dont L’Oréal. La marque de luxe Lancôme lui confie des traductions de formations des beauty advisors japonaises à Paris, puis, dans le département de veille concurrentielle, elle partage sa connaissance des spécificités culturelles des consommatrices japonaises. En qualité de consultante, elle analyse et explique les lancements de tous les produits japonais et les tendances des soins de beauté aux équipes en France, toujours avec cette compréhension parfaitement biculturelle.

« D’où vient donc cette envie d’avoir une peau immaculée par exemple, un maquillage omniprésent ? Au Japon, il est d’abord considéré comme irrespectueux de se montrer en public sans maquillage. Comme le veut le masque de théâtre nô, une peau blanche est synonyme de pureté, mais également camoufle ce complexe de la peau jaune inscrit dans le stéréotype asiatique. »

Par la suite, à partir de 1999 et durant 20 ans, elle suit son mari en expatriation en Asie. À Hong Kong en 1999, Tokyo en 2003 et Shanghai en 2007, Midori multiplie ses missions d’interprète/traductrice et en apprend beaucoup sur la culture chinoise à travers son immersion dans le feng shui, le qi gong, la réflexologie, la médecine traditionnelle chinoise et la langue de l’empire du Milieu. Elle prend conscience de l’histoire, la simplicité, la profondeur, la capacité de rebondissement et la richesse de ce pays incontournable aujourd’hui. Parmi ses projets, le souvenir le plus marquant est son intervention d’interprète lors d’un séminaire de formation pour des sommeliers japonais en Chine, animé par le chef de caves de Perrier-Jouët Hervé Deschamps.

Après un crochet par Paris où la maison Louis Vuitton requiert ses services d’interprète lors d’un séminaire de formation pour les vingt meilleurs responsables de boutiques du Japon, elle découvre une fois de plus l’immense joie de transmettre toute la richesse de la culture du malletier et le patrimoine français. Midori revient à Tokyo en septembre 2020 et remet le pied à l’étrier pour poursuivre son activité de consultante interculturelle France-Japon.

En relation avec diverses organisations comme FFJ, Japan Intercultural Consulting et le Comité d’échanges franco-japonais, elle reprend ses repères pour développer son projet d’entrepreneuriat et rejoint le Club Entrepreneures de Femmes Actives Japon. Provoquer un déclic, ouvrir une prise de conscience, véhiculer un patrimoine : sa passion se retrouve dans la transmission du savoir-faire et savoir-vivre gaulois.

D’un côté, elle accompagne aujourd’hui des entrepreneures françaises dans l’installation de leur commerce au Japon. De l’autre, en management interculturel, Midori assiste les Japonais des entreprises francophones et se positionne en tant que facilitatrice de communication auprès des dirigeants des entreprises françaises au Japon.

Proactive et curieuse, elle a été amenée à interviewer la designer de textiles japonais Reiko Sudo et l’artiste Mai Miyake1 en compagnie d’une experte en relecture et correction Emmanuelle Sagnard et la photographe Alice Defi.

La pâtisserie nippone de sa famille, l’art de vivre à la française, les matières premières japonaises… autant de traces de ce savoir. Son vœu le plus précieux est que les liens entre ces deux pays aux atouts si complémentaires se resserrent. Traduire au-delà des mots, transmettre les deux héritages culturels, Midori aspire à communiquer une expérience, des émotions, un moment de partage où sa bi-culturalité transparaît sous toutes ses formes. Cette vocation est d’autant plus importante pour elle du fait que ses trois enfants parfaitement multilingues prendront la relève en tant que citoyens du monde !

 

Profile LinkedIn de Midori

 

1parution en septembre 2021 dans le magazine Éclectiques


Remerciements à https://www.sensemofr.com pour son expertise de relecture et corrections de texte


[04/06/2021]