Femmes Actives Japon - Le réseau professionnel au féminin

Découvrez le décryptage d'Ana Ponzoda Alvarez, en tant que CFO chez AstraZeneca Japan !

Née à Barcelone, Ana a grandi et étudié à la capitale catalane jusqu’à ce que son programme Erasmus la catapulte à Milan. Elle y rencontre son futur mari avec qui ils feront plusieurs allées et venues entre l’Espagne, l’Italie, les Pays-Bas, la Belgique. Elle a construit sa carrière chez General Electric pendant 10 ans et entame sa 13ème année chez la prestigieuse société pharmaceutique AstraZeneca qui l’a expatriée au Japon en 2018avec ses 4 enfants dont des jumeaux.

Découvrez le décryptage d'Ana Ponzoda Alvarez, en tant que CFO chez AstraZeneca Japan !

Vous êtes CFO chez AstraZeneca Japon. Pouvez-vous nous décrire le ressenti d’une femme occupant un poste clé alors que la majorité des postes de direction au Japon sont occupés par des hommes ?

C’est un honneur d’avoir un poste de direction au Japon; je ne m’imaginais pas qu’il y avait un déséquilibre aussi important entre le nombre de femmes et d’hommes. En termes de représentation au comité de direction, le Japon est clairement un cas particulier : alors que beaucoup de femmes y sont représentées dans nos antennes en Chine et en Europe, j’étais la seule femme parmi 11 personnes à mon arrivée. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à m’informer sur la situation nippone et j’ai ainsi appris que le Japon est seulement 121ème dans l’index d’égalité homme-femme du « World Economic Forum ». Cela fut un choc car j’étais loin de m’imaginer un tel écart. Etant l’unique femme au comité de direction, j’ai pris en charge le sponsorship du WLI (Women Leadership Initiative) qui a comme mission de soutenir et inspirer les prochaines générations de femmes leader, augmenter leur visibilité et développer une culture prônant l’inclusivité et la diversité. Chez AstraZeneca, nous avons aussi l’objectif d’avoir des femmes japonaises leader à tous les échelons de notre organisation. Avec WLI, nous organisons trimestriellement des activités avec des intervenants afin de sensibiliser nos employés, hommes et femmes, avec des témoignages intéressants. Ces interventions incluent des personnalités comme Kathy Matsui ou des hommes qui ont pris des congés paternité (suédois mais aussi japonais) pour témoigner de l’importance pour l’homme d’avoir un rôle vis-à-vis des enfants.

Contrairement au modèle plus classique, votre conjoint vous a suivi suite à votre expatriation au Japon. Qu’en était-il de sa carrière ?

Mon mari a sa société à Paris spécialisée dans les systèmes de chauffage. Au début, ce déménagement était pour lui une opportunité et la possibilité de trouver de nouveaux clients. Malheureusement, le marché s’est avéré plus complexe et il s’est au final davantage concentré sur son activité en France en y allant toutes les 4-6 semaines. De nos jours (et la pandémie de Covid-19 nous l’a doublement prouvé avec le télétravail), la distance n’est pas une barrière pour se réaliser professionnellement ! C’est d’ailleurs une expérience vécue car je m’occupais à un moment donné d’un projet global basé en Angleterre mais suis restée vivre à Barcelone, conservant ainsi ma vie de famille en Espagne et voyageant hebdomadairement en Angleterre.

Marier une carrière importante et la vie de famille est un défi pour la majorité des femmes. D’après vous, quels sont les facteurs importants pour pouvoir s’épanouir professionnellement et personnellement ? 

Pour moi, il est important de passer du temps avec ma famille et de pleinement pouvoir profiter de ces moment-là. J’ai toujours délégué ce qu’il était possible de déléguer : ménage, repassage, etc. Je n’ai jamais rechigné à investir dans cela car il s’agit d’un moyen d’équilibrer ces 2 vies. Quand les enfants étaient petits, les babysitters, que nous considérions comme de véritables membres de notre famille surtout lorsque nous vivions loin de nos familles proches, nous ont beaucoup aidé. Un deuxième point très important est de prendre du temps pour soi et de déconnecter régulièrement : sortie sans les enfants, weekend entre amies. Je me suis toujours ressourcée dans ces moments-là et fais le plein de bonheur et de positivité. Je tiens spécialement à mentionner le grand soutien que m’a apporté mon mari, nous avions d’ailleurs à tour de rôle mis en priorité la carrière de l’autre et avons trouvé un juste milieu.

La crise du Covid-19 a changé les modes de travail par nécessité, est-ce que votre société était prête à absorber ces changements ou tout s’est fait par la force des choses ? Travaillez-vous d’ailleurs sur un vaccin ?

Le télétravail était en place 2 jours par semaine depuis 2-3 ans, malgré les difficultés que rencontraient notre filiale japonaise à l’appliquer. Cette transition ne fut pas une grande surprise pour notre organisation. Aussi, j’avais déjà vécu notre évolution vers le “paperless” en Europe et donc eu l’occasion de mettre mon expérience à contribution au Japon. Espacer les réunions hebdomadaires, allouer le temps nécessaire aux priorités, etc. cumulant en ce moment les rôles de CFO mais également DRH (oui !), c’était au final une opportunité ! Sinon, nos usines et centres de production ont immédiatement pris les mesures nécessaires pour assurer l’approvisionnement en toute sécurité de nos médicaments, protéger nos chaînes de production et bien sûr notre personnel.

Concernant le vaccin contre le Covid-19, nous sommes dans la phase III de notre étude clinique pour le développement d’un vaccin avec l’Université de Oxford. Ces articles peuvent vous en dire plus sur notre activité dans ce domaine.

Avec votre expérience au Japon, avez-vous un message à transmettre à nos membres de Femmes Actives Japon ?

Ma carrière au Japon dure depuis un peu plus de 2 ans et nous y faisons de très belles rencontres, liant de très grandes amitiés qui nul doute perdureront toute notre  vie. J’ai pleinement conscience que trouver du travail/travailler au Japon peut être un challenge, compte tenu des différences culturelles et des méthodes de travail différentes. Mais ce sont ces différences qui nous font grandir, nous permettant de nous enrichir et nous construire dans notre métier. J’ai pu appliquer ici ce que j’ai appris en Europe, et le jour où je retournerai en Europe, j’ai la ferme intention de faire de même avec mon expérience au Japon !


[05/11/2020]