Regard Américain

Regard Américain avec Mike Alfant, Président de la Chambre de Commerce Américaine

Après une présentation rapide de son parcours, notre invité introduit brièvement la chambre de commerce américaine et donne quelques perspectives pour le futur de l’économie japonaise :

Le nouveau Président de la Chambre de Commerce Américaine au Japon (ACCJ), Mike Alfant, vient de New York, Brooklyn. Arrivé au Japon en 1992, c’est un entrepreneur en série, qui a créé, acquis et revendu une quinzaine d’entreprises dans de nombreux secteurs d’activité. Il dirige aujourd’hui une entreprise de plus de 150 personnes dans le domaine des IT, Fusion Systems. Il intervient également auprès d’associations humanitaires telles que Living Dreams et Hope International.

L’ACCJ existe depuis 60 ans et Mike en est son 52ème Président élu pour un an. Cette organisation comprend aujourd’hui environ 1000 entreprises membres, dont la moitié sont américaines, et 300 membres individuels, dont 40% d’américains, 40% de japonais et 20% d’autres nationalités. Le programme de Mike comporte 3 volets : l’entrepreneuriat, le développement professionnel des femmes et l’apprentissage de l’anglais au Japon.

Le Japon est un pays qui ne connaît pas de croissance économique depuis 20 ans. Trois facteurs peuvent aujourd’hui générer de la croissance : le travail, le capital et la productivité. Pour augmenter l’offre de travail au Japon, la seule solution qui parait acceptable et réaliste selon lui est le développement du travail des femmes. C’est une solution qu’il qualifie de pragmatique. Pour permettre un apport en capital, même si le pays est riche, l’augmentation de l’investissement direct étranger semble réaliste également. Le Japon est, en effet, le pays développé le moins ouvert à l’investissement étranger. Enfin, la productivité du secteur industriel japonais est la plus élevée au monde, grâce à la robotisation à outrance et à l’efficacité des processus industriels. En revanche, la productivité du secteur des services est beaucoup moins développée, n’atteignant que la moitié du niveau américain. L’industrie représente 20% du PNB et cependant reste l’objet de l’attention des gouvernements. Ce sont donc les services qui devraient attirer aujourd’hui les investisseurs étrangers et les entrepreneurs. Pour le moment, dit-il, les créateurs d’emploi au Japon sont les nouveaux entrants et les « venture-capitalists », ceux qui créent une rupture et de l’innovation. Rien ne sert donc selon lui de subventionner des industries ou des entreprises moribondes telles que JAL.

« Ce changement économique suppose un changement culturel profond », précise Mike, « dans la mesure où l’orientation« processus » des japonais doit se porter sur les résultats, qui devient une orientation nécessaire dans une économie de services. » Mike se livre ensuite avec un plaisir certain au jeu des questions-réponses et un débat passionné s’instaure avec la salle :

A propos de la politique :

Mike souligne que le débat politique ne se situe pas sur le terrain de la réalité et des faits mais sur celui des mythes. Or il existe des mythes récurrents au Japon, comme dans d’autres pays, tels que l’auto-suffisance alimentaire ou la sécurité de l’emploi. Selon Mike, ce sont de faux débats.

Le gouvernement japonais favorise l’électorat des 60-65 ans qui représente l’électorat le plus actif lors des élections, la population qui vote et qu’il faut rassurer et valoriser le plus, que les politiques doivent séduire. Or, les pays qui créent de la croissance sont des pays jeunes : Chine, Inde, Brésil, Russie, pays de l’Asie du Sud-Est. Au Japon, pour relancer la croissance, en tant que Président de l’ACCJ, il souhaite promouvoir l’entrepreunariat, les femmes et la pratique de l’anglais.

A propos de l’entrepreneuriat :

Mike raconte non sans humour les obstacles qu’il a du affronter à son arrivée au Japon pour créer son entreprise. Créer un climat favorable à l’entrepreneuriat, célébrer les réussites des entrepreneurs, par exemple dans des séries TV, permettre à des entrepreneurs étrangers de s’installer plus facilement, sont pour lui autant de moyens pour renverser la tendance actuelle et changer les mentalités. Les mamans japonaises sont trop conservatrices, nous dit-il, et elles éduquent leurs enfants pour en faire de bons « salarymen » ce qui conduit le pays dans une mauvaise direction.

A propos du leadership :

Mike expose sa théorie personnelle sur ce qui rend les gens heureux, qu’il enseigne dans ses cours à l’université. Il y a quatre facteurs qui rendent les gens heureux :

  1. avoir un certain contrôle de sa situation,
  2. progresser,
  3. interagir avec les autres
  4. et faire partie de et/ou contribuer à quelque chose qui vous dépasse.

Quand on se connaît soi-même ainsi que les gens qui travaillent avec vous, on peut agir sur ses facteurs et devenir un bon leader.

La culture japonaise, selon lui, valorise particulièrement la fiabilité et la stabilité. Mais il y a deux sortes de fiabilité, celle qui repose sur les individus et celle qui repose sur le groupe. C’est cette dernière, comme on le sait, que développe la culture japonaise. Or, pour avoir de bons leaders et entrepreneurs, il faut des individus fiables et indépendants sur lesquels on peut compter, souligne Mike.

Le terme leadership est l’un des plus difficiles à définir selon lui. Pour Mike, il s’apparente au courage, c’est-à-dire au fait de tenir bon en face de l’adversité. Il y a des « trucs » à apprendre pour devenir leader, nous dit Mike, mais fondamentalement c’est une question de caractère, quasi-existentielle. « Un leader se met au diapason avec son organisation et peut ainsi la changer, lui donner une direction. », nous explique Mike. Selon lui, la définition d’un leader est une personne qui assume ses choix et ses décisions et les affirme devant son entourage professionnel qui suit ses instructions.

A propos de l’apprentissage de l’anglais au Japon :

Pourquoi les japonais doivent-ils apprendre l’anglais ? « C’est une nécessité absolue pour interagir avec l’extérieur et faire du business, c’est ce qu’ont compris les chinois, nous dit-il. Comment doivent-ils l’apprendre ? Comme les enfants, c’est-à-dire d’abord à l’oral, en immersion, sans s’encombrer de la grammaire. Mike conseille aux jeunes japonais de partir très vite à l’étranger. Les jeunes japonais, quand ils lisent la presse étrangère et notamment l’anglophone, n’entendent que des choses négatives sur le Japon. C’est norma l», donc, souligne Mike, « qu’ils ne souhaitent pas sortir de leur pays. »

A propos des femmes :

Mike pense qu’il faut fournir des modèles aux femmes japonaises, c’est la raison pour laquelle il a nommé des femmes au bureau de l’ACCJ, il a nommé une femme chef d’entreprise japonaise au poste de Chairman de l’ACCJ. Il faut commencer par le haut en donnant l’exemple (The top does the tone), pour opérer un changement culturel.

Les femmes ne doivent pas chercher à imiter les hommes dans leurs méthodes managériales, elles ont des attitudes différentes qui contribuent positivement au développement du business. Par exemple, selon une étude récente, rapporte Mike, le taux de réussite des femmes entrepreneures est de 5% supérieur à celui des hommes. Sans doute car elles prennent des risques mesurés, pense Mike.

A propos de la gestion de son temps : « Nous avons 32 heures hebdomadaires magiques pour investir en nous même, nous développer, progresser. »

Un calcul approximatif de Mike montre que nous disposons en moyenne de 32 heures « magiques » pour notre temps personnel. Mike conseille de les utiliser pour se développer soi-même : s’informer, se former, interagir de manière valable (pas sur facebook, pas devant des programmes télé...) et aider les autres.

On peut répartir son temps en quatre catégories, selon deux dimensions : le caractère critique ou prioritaire de nos activités et leur degré d’urgence. Nous avons tendance à rester dans le quadrant urgent-critique, ce qui peut provoquer un « burn-out ». « Passons plus de temps dans la zone non urgent-critique », nous conseille Mike, « ce qui correspond à du long terme. C’est la que nous pouvons investir sur nous-mêmes, sur les autres et contribuer de manière positive au monde qui nous entoure.

A propos de son engagement humanitaire :

Mike pense que les ONG sont actuellement devenues des machines à lever des fonds, et que malheureusement, selon lui, trop peu de ces fonds vont réellement aux bénéficiaires finaux qui en ont besoin. Il choisit donc d’investir de son temps dans des ONG qui affectent 90% de leurs fonds aux bénéficiaires finaux.

Pour lui, il suffit de très peu de moyens pour permettre à des personnes de sortir de l’extrême pauvreté et, pour cela, il convient non pas de leur donner de l’argent (il n’est pas favorable pour les subventions en argent a des compagnies, des individuels) mais des moyens concrets (par exemple des microcrédits) pour apprendre aux gens a s’ en sortir seuls et devenir autonome, par exemple l’accès à l’eau ou posséder une vache ou utiliser des engrais.

Pour résumer le message de Mike Alfant, on peut dire qu’il nous propose d’adopter une attitude positive en cherchant à identifier et exploiter notre unique proposition de valeuri pour ainsi contribuer à la société qui nous entoure et s’epanouir professionnel.

Une autre piste est de cibler sa recherche d’emploi prioritairement vers des sociétés dont le chiffre d’affaire est réalisé à plus de 50% à l’étranger. Ces entreprises qui doivent conquérir des parts de marché hors du Japon, ont besoin dans leurs équipes des compétences de personnes (femme ou homme) non-japonais connaissant très bien les caractéristiques des consommateurs, utilisateurs, clients de ces marchés extérieurs.

Merci à Mike de nous avoir donné, avec humour, une si belle leçon d’enthousiasme, de générosité, de succès dans ses entreprises. Et souhaitons-lui une belle continuation au Japon !

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