Compte rendu de notre soirée mensuelle du 8 septembre : Les Organisations Non Gouvernementales au Japon, une autre façon d’être actives

Les Organisations Non Gouvernementales au Japon, une autre façon d'être actives

 

Pour cette première conférence de la rentrée et dernière de l’équipe actuelle du Pôle Evénements de FAJ, Keiko et Valerie ont choisi de vous présenter le domaine des Organisations Non Gouvernementales (ONG) au Japon. Ce secteur couvre des domaines très différents et propose des activités variées à ceux et celles qui veulent s’investir dans leur pays de résidence.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lighthouse est une ONG d’origine américaine, qui a choisi de devenir japonaise. C’est la seule ONG du Japon qui œuvre à éliminer le trafic d’êtres humains, esclavage de nos sociétés modernes. Elle propose une hotline sur ce sujet et offre des interventions directes, du conseil et d’autres formes de soutien aux victimes de la traite d’êtres humains (http://lhj.jp/english). Depuis 2005, début de sa hotline, elle a fourni 3.800 consultations téléphoniques et un soutien direct à 200 personnes. Notre intervenante, Shihoko Fujiwara, est la Directrice-fondatrice de Lighthouse au Japon, appelé aussi Center for Human Trafficking Victims. Elle a d’abord travaillé à l’association Polaris Project aux Etats-Unis puis a fondé Lighthouse au Japon il y a 10 ans et ne pensait pas à l’époque que la tâche était si vaste dans son pays. Plus de 27.000 personnes ont participé à ses conférences, notamment des avocats, des fonctionnaires, des travailleurs sociaux, des professeurs qui peuvent tous avoir des contacts directs avec les victimes. Elle travaille actuellement pour l’adoption avant 2020 d’une loi contre le trafic d’êtres humains au Japon.

 

La Caravane, créée en 2011, constitue un bon exemple d’une organisation apportant une aide directe aux populations japonaises, en l’occurrence les habitants du Tohoku. A l’initiative de l’UFE-Japon, en association avec l’Amicale des cuisiniers et pâtissiers français du Japon et l’AFJ, sa mission est d’apporter soutien et réconfort aux réfugiés de cette région, durement touchée par le séisme du 11 mars 2011. Elle prépare et distribue des repas chauds de cuisine française. Pour chaque caravane, un ou plusieurs chefs et leur équipe se rendent sur place, assistés d’une équipe de volontaires (http://la-caravane.info/). Christian Bollard, co-fondateur de La Caravane et responsable du planning, s’est exprimé.

Au travers de l’intervention de Fujiwara-san et de M. Bollard, nous avons pu mieux comprendre les motivations qui les ont menés, l’un et l’autre, à s’inve

stir dans ces activités, ainsi que les difficultés qu’ils ont rencontrées.

 

 

 

Lighthouse

 

 

 

Lors de son stage à Washington, D.C., auprès de Polaris, une ONG dédiée à la lutte contre le trafic d’êtres humains, Fujiwara-san a eu une expérience frappante, qui l’a poussée à s’investir dans cette même lutte au Japon. Il s’agissait d’une jeune femme adolescente qui, lorsqu’elle a su que Fujiwara-san était japonaise, lui a dit qu’elle-même avait été « vendue » par ses proxénètes japonais à des proxénètes américains. Elle avait par conséquent été envoyée de Tokyo vers les Etats-Unis. Selon Fujiwara-san, ce type de déplacement de main d’œuvre répond aux attentes des « consommateurs » qui veulent de la nouveauté. Cette rencontre, cumulée à celle d’autres jeunes femmes de tous horizons exploitées sexuellement dans le quartier financier de Washington, ont fini de motiver Fujiwara-san à se consacrer à cette cause.

 

De retour au Japon, où l'industrie du sexe est très sophistiquée et développée, elle a fondé Lighthouse en partant du constat qu'il n'y avait pas d’association contre la traite des êtres humains. Elle a rapidement découvert que l'échelle du problème et les efforts nécessaires pour exécuter le projet au Japon étaient bien plus importants que ce qu'elle avait d'abord imaginé.

En 2005, l’association a lancé une ligne téléphonique avec un numéro gratuit en Thaï, Tagalog et Coréen, afin de fournir des consultations et du soutien aux victimes des nationalités les plus exploitées. Aujourd’hui, parce que le Japon connaît une augmentation significative de la traite interne des femmes et des filles pour l'exploitation sexuelle et la pornographie,  la hotline est exclusivement en anglais et en japonais. Elle a expliqué que les exploiteurs au Japon recrutent activement des jeunes enfants dans les métros et les écoles pour la pornographie juvénile. Elle tente, en particulier en ce qui concerne la pédopornographie, de travailler étroitement avec la police.

 

Au fil des ans, un nombre croissant de gens est venu soutenir l'organisation. Démarrée avec 1 personne (Fujiwara-san elle-même), l’organisation compte maintenant 6 employés, 2 stagiaires et 24 bénévoles.

 

Pour absorber cette masse salariale, les dons et subventions sont plus importants que jamais. Sans ressources humaines suffisantes, l’impact de l’ONG ne peut pas prendre d’ampleur. Le financement initial était constitué principalement de petits dons privés japonais, d’une subvention du gouvernement américain (2 ans) et de dons de sociétés (principalement des sociétés étrangères): Chambre de commerce américaine, Body Shop et Pfizer.

 

Continuer à soutenir les victimes est la priorité actuelle, mais, en même temps, le but de Lighthouse est de pousser le gouvernement japonais à établir la loi anti-traite en 2020 au Japon, où il n’y a actuellement pas de loi de lutte contre la traite d’êtres humains.

 

 

En outre, l’ONG développe pour les enfants des outils pour se protéger. Ainsi, un Manga a été utilisé comme outil viral pour mener une campagne de sensibilisation et attirer l'attention sur la question de la pornographie impliquant des enfants. L’objectif final est d'encourager un changement dans la société japonaise qui ferme les yeux et ignore ces problèmes. Lighthouse fait pression sur le gouvernement pour adopter la loi, une action difficile parce que le gouvernement ne veut pas admettre qu'il y ait un tel problème au Japon.

 

Finalement, l’association est confrontée à des difficultés pour trouver des salariés alors qu’elle ne peut pas proposer de salaires attractifs. Elle fait aussi les frais du sexisme, en particulier dans le monde politique, où Fujiwara-san a du mal à être considérée comme un interlocuteur viable. 

 

Pour aller plus loin… http://www.humantrafficking.org/organizations/140

Facebook : page Lighthouse https://www.facebook.com/LHJapan?fref=ts

 

 

La Caravane Bon Appétit

 

 

Christian Bollard, de La Caravane Bon Appétit, nous a relaté une autre façon d'être actif au Japon.

M. Bollard, installé au Japon depuis de nombreuses années, a été très affecté par le tremblement de terre en Mars 2011. Des collègues proches ayant de la famille dans la région du Tohoku lui racontaient la situation dans laquelle les gens se retrouvaient : refugiés dans des logements temporaires précaires, sans perspectives et très esseulés. M. Bollard, avec d’autres amis et membres de l’UFE, a voulu trouver un moyen d'aider les Japonais du Tohoku.

N’ayant pas vocation à avoir des employés ni des bureaux, La Caravane Bon Appétit a été fondée sous un statut d'association, beaucoup plus simple à mettre en œuvre. L’idée était de travailler avec des chefs pour servir des repas aux personnes déplacées. Pour mettre ce système en place de façon rapide et efficace, il a fallu se mettre d’accord avec les municipalités où les repas allaient être servis. Par chance, des relations de Tokyo ont permis de créer ce lien et d’intervenir dans de bonnes conditions. Sans cette introduction, selon M. Bollard, il aurait été très difficile de se faire accepter.

 

Plus de 27000 repas ont été servis depuis la création de l’association.

Au-delà de servir des repas, la mission de la Caravane est de fournir un soutien, de l’aide, et du réconfort aux victimes du Tohoku. La situation est maintenant plus stable, même si elle reste extrêmement précaire, et il s’agit dorénavant de faire sentir aux victimes que l’on ne les oublie pas. Les personnes qui se trouvent encore en logement temporaire sont souvent les plus faibles : personnes âgées, personnes isolées, sans emploi et sans qualifications.

 

Le tissu économique local est très faible, les emplois sont peu nombreux et mal payés. En ce qui concerne les communes où l’on propose aux habitants de revenir s’installer, il s’agit souvent de villes fantômes, sans écoles, sans bus, sans structures hospitalières. Enfin, évidemment, les dons se font de plus en plus rares.

 

Pour M. Bollard, il est important de tenir compte de l’étiquette japonaise pour mettre en place quoi que ce soit. La grande difficulté est de faire preuve d’initiative alors que la société japonaise repose sur des codes précis qui ne favorisent pas toujours l’efficacité.

 

L’action de La Caravane a été possible grâce au soutien local, grâce au soutien de l’UFE (Union des Français de l'Etranger), des chefs français et de l'Ambassade de France. La Caravane n’est pas une ONG et, de ce fait, est constituée de bénévoles. Le Japon est une nation très « timide », et il est difficile pour les Japonais de reconnaître qu’ils ont besoin d'aide. Travailler en étroite collaboration avec des Japonais est primordial pour l’association.

 

La prochaine Caravane aura lieu le 27 septembre, et ils recherchent encore des volontaires. Pour plus d’informations, http://la-caravane.info/

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